Descente d’organes après la grossesse : comprendre, reconnaître et reprendre du pouvoir sur sa santé périnéale

 La grossesse et l’accouchement transforment significativement  le corps. Pourtant, certains changements demeurent peu nommés, mal compris ou entourés de tabous. La descente d’organes, aussi appelée prolapsus, en fait partie. Le simple fait d’en entendre parler peut susciter de l’inquiétude, et d’importants inconforts. Et pourtant, il s’agit d’une réalité beaucoup plus fréquente qu’on ne l’imagine, notamment en contexte de grossesse.

Comprendre le plancher pelvien pour mieux comprendre la descente d’organe

Revenons sur  les  bases du plancher pelvien. Composé de plusieurs couches de muscles qui ferment le bassin, du pubis jusqu’au coccyx, les muscles du plancher pelvien jouent quatre rôles principaux:
soutenir les organes pelviens (vessie, utérus, rectum),
assurer la continence urinaire et anale, 
contribuer à la fonction sexuelle et au plaisir,
assurer la stabilité du bassin.

Pendant la grossesse, le poids du bébé, les changements hormonaux et la pression constante sur ces muscles sollicitent fortement le plancher pelvien. Lors d’un accouchement vaginal, les muscles peuvent être étirés jusqu’à trois à cinq fois leur longueur normale, avec une perte de force pouvant atteindre 20 à 40 %. Cet étirement important augmente le risque de lésions musculaires et de diminution du soutien des organes. Même si l’accouchement se termine par césarienne, la grossesse elle-même aura des effets sur le plancher pelvien et justifie une préparation adéquate de celui-ci avant la naissance. Cette préparation permettra de favoriser une meilleure récupération après l’accouchement. 

Une réalité parfois découverte… sans symptômes

Il est important de souligner qu’un certain nombre de cas de descentes d’organes sont découverts de façon fortuite. Plusieurs femmes apprennent qu’elles présentent un léger prolapsus lors d’un suivi postnatal ou dans le cadre d’une consultation en physiothérapie périnéale pour une autre raison (prévention, reprise du sport, douleurs, etc.).

Dans ces situations, la descente est parfois peu ou pas symptomatique. Elle ne causait ni inconfort notable ni limitation fonctionnelle avant d’être identifiée. Cette réalité permet de nuancer l’image parfois alarmante associée à la descente d’organe : toutes ne nécessitent pas une intervention active, et plusieurs coexistent avec une bonne qualité de vie.

Symptomatique ou asymptomatique ? 

Qu’une descente d’organe soit symptomatique ou asymptomatique, il faut éviter de se prodiguer un auto-diagnostic et de paniquer en se basant sur des sensations ou des visions. Une évaluation professionnelle permet de mettre des mots justes sur ce qui est observé, et, bien souvent, de rassurer. Émilie-Maude, physiothérapeute en rééducation périnéale & pelvienne

Démystifier les signes d’une descente d’organe en période périnatale et postnatale

Une descente d’organe correspond au déplacement d’un organe vers le bas, à l’intérieur de la cavité vaginale. Il peut s’agir de la vessie, du fond vaginal, de l’utérus ou du rectum. La sévérité varie selon différents grades, allant de légers déplacements internes à des formes plus avancées où l’organe peut s’extérioriser.

En période postnatale, ce sont surtout des descentes d’intensité faible ou modérée qu’on observe. Elles restent généralement à l’intérieur du vagin ou près de l’entrée vaginale. Les formes plus sévères sont rares chez les jeunes mères immédiatement après l’accouchement.

Les signes possibles incluent :
une sensation de lourdeur ou de pression vaginale,
l’impression d’avoir un « tampon mal placé »,
la perception d’une bosse ou d’une présence au toucher,
des difficultés à bien vider la vessie ou les intestins,
des fuites urinaires (sans que cela signifie automatiquement une descente),
des inconforts lors des relations sexuelles.

Il est important de souligner que la descente d’organe n’est pas toujours associée à des fuites urinaires, et inversement. Ces deux réalités peuvent coexister, mais l’une n’implique pas automatiquement l’autre.

Descente d’organes, charge mentale et inquiétudes : un lien souvent sous-estimé

Au-delà des symptômes physiques, la descente d’organe peut avoir un impact important sur la charge mentale. Le manque d’information accessible, la rareté des discussions ouvertes sur le sujet et les images parfois alarmantes associées au prolapsus contribuent à nourrir les inquiétudes.

Beaucoup de femmes se questionnent en silence :
Est-ce normal? Est-ce que ça va empirer? Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal? Est-ce dangereux?

Cette incertitude peut générer de l’anxiété, une hypervigilance corporelle et un sentiment d’isolement. Or, dans bien des cas, le simple fait de comprendre ce qui se passe dans son corps, d’avoir une explication claire et nuancée permet déjà d’alléger une partie du poids émotionnel.

La physiothérapie périnéale joue ici un rôle clé, non seulement sur le plan physique, mais aussi sur le plan psychologique : nommer, expliquer, normaliser et rassurer font partie intégrante de l’accompagnement. Les physiothérapeutes périnéales peuvent également guider vers des solutions afin de pallier les symptômes. 

Les trois premiers mois post-partum : une période clé à respecter

Les recommandations internationales s’entendent pour dire que les trois premiers mois postpartum sont la période clé de la récupération. Il est donc important d’encourager la prévention des séquelles pour que cette période se déroule avec le moins d’embûches possible. Un message de prévention fondamental concerne les trois premiers mois suivant l’accouchement. Cette période correspond à une phase importante de récupération des tissus et des ligaments qui soutiennent les organes pelviens.

Même dans le contexte d’un accouchement idéal, le plancher pelvien ainsi que la santé pelvienne globale de la femme demeure fragilisés par la grossesse,  l’accouchement ainsi que par la cascade hormonale. Reprendre trop rapidement des activités exigeantes, comme soulever de lourdes charges, faire des sports à impact, multiplier les efforts physiques peuvent favoriser l’apparition ou l’aggravation de symptômes.

Les recommandations sont claires :
éviter les sports avec impact dans les premières semaines,
reprendre les activités graduellement,
être attentive aux signaux du corps.

Deux signes doivent particulièrement guider les ajustements :

les fuites urinaires et la sensation de lourdeur. Leur apparition indique souvent que la charge est trop élevée et qu’un temps de repos ou une adaptation est nécessaire. Il demeure important de rester à l’affût des symptômes durant le sport, mais aussi qui apparaissent le lendemain! Émilie-Maude, physiothérapeute en rééducation périnéale & pelvienne

Le pessaire : un outil de soutien, pas un signe d’échec

Le pessaire est un dispositif en silicone médical, souple et sécuritaire, inséré de manière intravaginale afin de soutenir les organes pelviens. Contrairement à certaines croyances, il n’est pas réservé aux femmes âgées ou aux descentes sévères. Il peut être utilisé à différents moments de la vie, y compris chez de jeunes femmes en postpartum.

L’objectif du pessaire est de stabiliser les organes et réduire les symptômes, notamment lors d’activités plus exigeantes. Les différentes marques, modèles et tailles permettent de trouver un dispositif parfaitement adapté à chaque femme. Selon le modèle de pessaire et les besoins, l’utilisation d’un pessaire adapté permet d’apporter la correction des symptômes d’incontinence et  de soutenir les organes. Une fois bien ajusté, il ne devrait pas être ressenti au quotidien.

Selon le modèle utilisé, le pessaire peut être porté seulement lors d’activités spécifiques, tandis que d’autres préfèrent le porter plus régulièrement. L’apprentissage de l’insertion, du retrait et de l’entretien fait partie intégrante de l’accompagnement, favorisant l’autonomie et la confiance.

Le rôle de la physiothérapie périnéale : informer, accompagner et redonner confiance

La physiothérapie périnéale est l’intervention de première ligne recommandée pour les descentes d’organes et les troubles du plancher pelvien. Elle ne vise pas nécessairement à « replacer » les organes, mais à optimiser le fonctionnement, à réduire les symptômes et soutenir la qualité de vie.

L’approche repose sur :
l’éducation sur les prolapsus et leurs impacts possibles ;
le renforcement du plancher pelvien et des abdominaux profonds ;
l’éducation sur la gestion de la pression intra-abdominale ;
l’optimisation de l’évacuation des urines et des selles ;
l’adaptation des activités ;
l’accompagnement pour l’essayage d’un pessaire adapté si nécessaire.

L’éducation en physiothérapie périnéale a pour but de permettre aux femmes de mieux comprendre leur corps, de reconnaître leurs limites et de faire des choix éclairés, alignés avec leur réalité et leurs besoins.

En conclusion

La descente d’organes après la grossesse est une réalité fréquente, souvent mal comprise, mais loin d’être une fatalité. Avec une évaluation clinique complète, un accompagnement bienveillant et des interventions adaptées, il est possible de retrouver du confort, de la confiance et un sentiment de sécurité dans son corps.

Consulter, s’informer et se faire accompagner, c’est déjà un premier pas vers une parentalité vécue avec plus de douceur envers soi-même.