Faire la paix avec sa césarienne

Par la clinique Matrescence

Avant même d’aller plus loin, j’aimerais vous dire ceci : si vous ressentez une boule au ventre en repensant à votre césarienne, si votre gorge se noue ou si vous retenez vos larmes, vous n’êtes pas seules. Et surtout, vous n’êtes pas étranges de vous sentir ainsi.

Bien que ce soit peu parlé, beaucoup de femmes vivent ces émotions : près d’une naissance sur trois se fait par césarienne (1). Cela signifie que des milliers de mères traversent cette expérience chaque année. Derrière cette statistique, il existe une multitude d’histoires différentes. Pour certaines, l’expérience est vécue de manière sereine, d’autres la vivent de manière négative.

Bien qu’il n’existe pas une raison unique, vivre une césarienne alors que l’on s’était imaginé un accouchement naturel, mobilisant ses ressources et sa puissance, peut être déstabilisant. Il est tout à fait possible de ressentir à la fois de la gratitude pour la santé de son bébé et une tristesse ou une déception vis-à-vis de son accouchement. Reconnaître ces émotions comme légitimes est un premier pas essentiel pour prendre soin de son vécu et faire la paix.

Entre deuil et choc 

Il est commun qu’un accouchement jugé difficile soit vécu comme un deuil ; celui d’un rêve, d’un idéal ou d’un récit que l’on pensait porter toute sa vie. Comprendre cette dimension permet de normaliser certaines émotions et d’appréhender le processus de guérison avec plus de bienveillance.

Le deuil n’est pas un événement ponctuel, mais un processus. Comme le dit l’adage : « On ne tire pas sur une plante pour la faire pousser. » Chaque émotion a sa place et se déploie à son rythme.

L’annonce d’une césarienne peut aussi donner l’impression que tout devient soudainement irréel et de nombreuses mères se retrouvent en mode pilote automatique. Elles rapportent souvent une émotion de peur : peur pour leur vie, pour celle de leur bébé, d’être séparée, etc.

Face au stress, le corps peut fuir, combattre ou figer. Après coup, il n’est pas rare que des mères se demandent :

« Pourquoi je n’ai pas posé plus de questions ? »

« Pourquoi est-ce que je n’ai rien dit ? »

Comprendre que figer est une réaction automatique peut contribuer à apaiser : lorsque le cerveau perçoit une menace ou un stress intense, il cherche avant tout à protéger la personne. Cette réaction, parfois accompagnée de déconnexion émotionnelle ou de trous de mémoire, est un mécanisme normal de protection permettant de traverser le choc initial avant de pouvoir, plus tard, affronter et intégrer ce qui s’est passé.

Certaines femmes rapportent également peu de souvenirs du moment passé au bloc : la médication et le choc émotionnel peuvent expliquer ces trous de mémoire. Le choc peut provoquer des phases d’anesthésie émotionnelle, de léthargie, une impression d’irréalité, voire un retrait social, et ce, dans les jours ou les semaines qui suivent l’intervention.

Bien que le choc soit précis dans le temps, les émotions qui s’ensuivent sont variées et sont déclenchées par des éléments différents. Certaines femmes le vivront sous forme de brouillard, tandis que d’autres vivront des émotions plus saillantes.

Quand l’accouchement brouille les émotions

Après le choc émotionnel, certaines mères s’étonnent de ne pas ressentir immédiatement le fameux « coup de foudre » pour leur bébé. Sauf que, lorsque le corps et l’esprit ont vécu une expérience intense, l’établissement du lien avec son bébé peut prendre un peu plus de temps à se manifester. Certaines femmes vivront l’absence de ce coup de foudre comme un deuil.

Après une césarienne, les femmes peuvent éprouver de la fatigue et des douleurs, en plus des émotions liées à la récupération chirurgicale. Tout cela peut rendre cette période exigeante et nourrir l’impression de ne pas être une mère compétente. Pourtant, ce ressenti est souvent une conséquence du vécu et non une réalité.

La colère

Après le choc, la colère est fréquemment mentionnée. Elle peut être dirigée vers diverses cibles, telles que la « vie », l’institution médicale, un professionnel de la santé ou son ou sa partenaire. Parfois, elle se tourne aussi vers soi : envers son corps, ses choix ou sa capacité à s’affirmer.

Cette colère traduit souvent une déception profonde ou une impression d’injustice. Une question peut aider à explorer cette émotion : « Si ma colère cachait une autre émotion, laquelle serait-elle ? ». En effet, pour de nombreuses femmes, la colère masque de la tristesse, de la frustration ou la perception d’injustice face à un déroulement inattendu.

La tristesse

Dans nos sociétés, l’accouchement est souvent idéalisé comme une performance où l’absence d’intervention est valorisée. Or, peu de milieux offrent des environnements réellement propices à cet accouchement dit « naturel », dont le discours populaire sur « la naissance de nos rêves » alimente des attentes irréalistes.

De plus, cette construction sociale nourrit la tristesse. Elle reflète la perte d’un accouchement imaginé ou idéalisé et peut se traduire par des larmes : c’est aussi un signe que cela vous tenait à cœur.

Cette tristesse peut également être associée à une perception d’échec. Elle découle de l’impression de ne pas avoir « accompli » l’accouchement idéalisé, alors que chaque accouchement dépend de multiples facteurs imprévisibles. Vous pourriez également ressentir que votre expérience ne reflète pas vos capacités réelles, surtout si vous avez déjà atteint vos objectifs dans d’autres domaines grâce à vos efforts. Dans le contexte de l’accouchement, il est important de se rappeler que vous ne contrôlez pas tout et que les efforts ne sont pas proportionnellement liés à la finalité de votre accouchement.

La jalousie

Une autre émotion fréquemment rapportée est la jalousie. Celle-ci peut surgir lorsqu’on apprend qu’une personne a vécu un accouchement par voie basse. Beaucoup de femmes décrivent un mélange d’émotions : d’un côté, le désir sincère de se réjouir pour cette personne, et, de l’autre, de la colère ou une perception d’injustice liée à leur propre expérience. Ce conflit intérieur surprend souvent, car il est peu habituel de ressentir à la fois ces émotions contrastées. Pour la plupart, la jalousie s’accompagne de culpabilité, comme si l’on « devrait » être capable de reconnaître pleinement la joie de l’autre sans éprouver sa propre peine. Sachez qu’il s’agit d’une manifestation fréquente lorsqu’on fait le deuil de son expérience. Ce n’est pas de l’ingratitude : ces émotions reflètent simplement l’importance que cet événement a dans votre vie.

La culpabilité

La culpabilité naît souvent de l’écart entre ce que l’on aurait voulu vivre et la réalité de l’accouchement. Certaines pensées peuvent tourner en boucle :

« Si j’avais refusé cette intervention, est-ce que ça aurait été différent ? »

« Est-ce que ma césarienne était vraiment nécessaire ? »

« Est-ce qu’elle a un impact sur mon bébé ? Est-ce qu’il va y avoir des impacts sur mon bébé ? Cela aura un impact sur mon bébé ? »

Bien qu’avoir des questionnements est normal, ces pensées peuvent laisser sous-entendre que vous portez la responsabilité de votre césarienne. Toutefois, un accouchement n’est pas une question de volonté, mais bien de positionnement du bébé, de votre état de santé, des circonstances médicales, des protocoles en place et du soutien disponible. Reconnaître que la culpabilité peut être nourrie par ses idéaux ou ses valeurs permet de mieux comprendre cette émotion complexe.

Favoriser la compréhension pour apaiser son vécu

Pour certaines femmes, revisiter le déroulement de la naissance peut aider, par exemple en demandant une copie du dossier médical ou en échangeant avec un professionnel ayant participé à l’accouchement. Ce processus doit cependant permettre de répondre à certaines questions afin d’apporter une forme d’apaisement par l’intégration de son expérience à son histoire d’accouchement.

Chaque vécu est unique et chaque personne avance à son propre rythme et il n’existe pas de recette à suivre pour faire la paix avec sa césarienne. Pour certaines femmes, cela prendra du temps, prendra du temps, pour d’autres, l’expérience restera marquante tout en permettant de découvrir des forces insoupçonnées.

Certaines questions peuvent aider à dégager un sens à votre expérience :

Quelle force ma césarienne m’a-t-elle apprise sur moi ?

Quelle qualité ai-je développée à travers cette épreuve ?

Souvent, les femmes rapportent des mots qui témoignent de leur force, leur courage et surtout leur résilience à travers ce vécu. Toutefois, si votre accouchement tourne en boucle dans votre tête, que vos souvenirs deviennent envahissants ou que vous vivez des émotions fortes chaque fois qu’un contexte vous fait penser à votre accouchement, cela peut être un signe d’en parler avec une ressource.

Il en existe plusieurs : groupes de soutien, cercles de parole ou suivi avec une professionnelle en périnatalité. Quelle que soit la forme que vous préférez, ces espaces permettent souvent de mettre des mots sur ce qui a été vécu et de se sentir moins seule.

D’ailleurs, certaines données suggèrent que près de 50 % des femmes perçoivent leur accouchement comme une expérience traumatique (2). Cette observation rappelle à quel point les mères ont besoin de soutien après un événement aussi marquant.

L’arrivée d’un enfant est un événement marquant, dont le souvenir accompagne souvent les parents toute leur vie. Parler, être écoutée et accompagnée peut transformer progressivement cette histoire en un récit plus doux à porter. Vous méritez d’être soutenue dans cette histoire.

Des ressources d’aide pour vous soutenir

Des ressources d’aide pour vous soutenir

Sources :

1- https://nouvelles.ulaval.ca/2022/03/02/cesariennes:-la-forte-hausse-demeure-encore-largement-inexpliquee-f92ee0c3-be68-4597-a30b-60be3d33b32d

2- Middleton, L. (2025). The Birth Trauma Cycle: expanding understanding of birth trauma. British Journal of Midwifery, 33(11), 632–641. https://doi.org/10.12968/bjom.2025.0012