Donner voix à la dépression du post-partum
Cet article se concentre sur les mères, tout en gardant à l’esprit que la dépression du post-partum peut apparaître dès la grossesse (pré-partum) et qu’elle concerne également les pères.
De l’image du post-partum à son expérience
Nous avons tous une image du post-partum. Elle nous vient de films, de récits, de ce qui nous a été transmis. Cette image est souvent biaisée et il arrive souvent que la grossesse et le post-partum viennent la réduire en morceaux.
Tout comme l’adolescence, la parentalité fait partie des moments clés de la vie. Les parents doivent s’approprier leur nouveau rôle et redéfinir leur identité, tout en faisant place à une relation de co-dépendance à leur bébé. Comme toute période de remaniement, cette période porte en elle un potentiel créateur, mais également un risque de désorganisation et de souffrance. Une souffrance qui peut être balayée, minimisée ou niée par les attentes individuelles, familiales et sociétales.
« Si je suis malheureuse, est-ce que cela veut dire que je ne suis pas un bon parent ? »
« Est-ce que je ne devrais pas être heureuse, puisque j’ai voulu cet enfant et que d’autres donneraient tout pour être à ma place ? »
« Si je parle de ce que je vis, est-ce qu’on va me retirer mon bébé ? »
Ces pensées sont fréquentes, chez les mères comme chez les pères. Les données parlent d’elles-mêmes : on estime qu’environ 1 femme sur 5 (1) vivra un épisode de dépression après la naissance de son enfant. Si le babyblues est une expérience éprouvante et fréquente, la dépression du post-partum hurle d’une souffrance plus profonde. Elle ne se limite pas à une réaction passagère à l’accouchement ou aux changements hormonaux. Elle vient témoigner d’une blessure psychique liée au bouleversement que représente l’arrivée d’un enfant. Lorsque nous voyons une maman ne pouvant pas sortir de son lit, ne s’alimentant pas, nous nous alarmons et la reconnaissons. Mais la dépression du post-partum peut être plus sournoise et se manifester sous différentes formes.
Être en dépression, ce n’est pas forcément être non fonctionnel.
Une souffrance qui peut se cacher
Une dépression peut parler à travers une difficulté à se connecter à son bébé, à s’en sentir proche. La dépression peut également se manifester dans de la culpabilité ou dans de l’anxiété, amenant par exemple à vérifier constamment si son bébé est en sécurité et vivant. Elle peut également s’exprimer par de la colère. Une colère parfois intense, avec l’envie de tout casser, de tout quitter, de fuir. Tout devient insupportable, miroir de ce qui est ressenti en dedans.
Pour certaines, cette souffrance prend la forme d’un surinvestissement du travail ou d’autres activités, une façon plus ou moins consciente de s’éloigner de la maison et de s’oublier ailleurs. Elle peut aussi s’exprimer à travers l’isolement, un besoin de contrôle accru ou encore des symptômes physiques sans cause médicale identifiée. Parfois, des idées suicidaires peuvent survenir (2).
« Ils seraient mieux sans moi. »
« Je n’y arriverai jamais. »
« Je n’ai plus envie d’être là. »
Il peut être inimaginable de penser qu’on puisse vouloir la mort dans un moment si plein de vie. Pourtant, la suicidalité est une des principales causes de mortalité maternelle en période périnatale (3,4). Toutes ces formes existent. On peut être en dépression post-partum tout en continuant à répondre aux besoins quotidiens de son bébé. On peut aussi ne plus avoir l’énergie de le faire. La dépression du post-partum vient abîmer, isoler, désorganiser.
Sortir du silence : une force, pas une faiblesse
On ne demanderait pas à un bébé de taire ses pleurs de douleurs. Pourtant, il arrive souvent que les patientes qui viennent me voir aient mis plusieurs mois avant de parler de ce qu’elles vivaient. Elles ont peur. Peur d’en parler, peur d’être jugées, peur de ne pas être comprises. Peur d’être perçues comme faibles, inadéquates, de « mauvaises mères ». Elles peuvent également avoir peur que je leur confirme un bris dans la relation avec leur enfant, irrécupérable, ce qui n’est pourtant pas le cas. Toutes ces craintes, associées aux pressions externes, les amènent à taire leur souffrance. Celle-ci se masque, se rationalise, s’aggrave. C’est souvent à ce moment que quelque chose peut se figer. Non pas par manque de volonté d’aller mieux, mais parce que la personne se retrouve seule avec ce qu’elle vit, sans espace où déposer sa parole. Jusqu’à ce qu’elle n’y parvienne plus.
Pleurer permet au bébé de nommer ses besoins et de trouver de quoi s’apaiser. Parler avec un tiers, c’est prendre soin de sa parentalité. C’est permettre de se connecter à son bébé, en se connectant à soi-même. C’est mettre en mot ce qui arrive pour le rendre supportable et y donner un sens. Parler, avec un tiers, c’est s’approprier sa propre histoire et cesser de s’imposer de faire taire sa douleur.
Consulter n’a rien de faible. Bien au contraire. Sortir du silence, c’est aussi accepter que le post-partum ne ressemble pas toujours à l’image que l’on s’en fait, et que cette réalité mérite d’être dite.
Des ressources d’aide pour vous soutenir
bibliographie
1. Chin, K., Wendt, A., Bennett, I. M., et Bhat, A. (2022). Suicide and maternal mortality. Current Psychiatry Reports, 24(4), 239–275. https://doi.org/10.1007/s11920-022-01334-3
2. Drouin, P. (2025). L’expérience de transition à la maternité chez des femmes présentant un risque suicidaire (Essai doctoral, Doctorat en psychologie). Université du Québec à Montréal, Montréal, QC.
3. Guillard, V. et Gressier, F. (2017). Suicidalité en période périnatale. La Presse Médicale, 46(6 Pt 1), 565–571. https://doi.org/10.1016/j.lpm.2017.05.018
4. Institut national de santé publique du Québec. (s. d.). Dépression (Mieux vivre avec notre enfant). Consulté le 15 janvier 2026, sur https://www.inspq.qc.ca/mieuxvivre/accouchement/premiers-jours/depression
