La baisse de libido postpartum lorsque l’intimité devient une source d’anxiété

Par Carolanne Dionne, cofondatrice de la clinique Matrescence, M.A. en santé mentale et B.A. sexologie

Vous vous surprenez parfois à penser « je dois régler mon problème de libido »?

Depuis que j’ai terminé mon baccalauréat en sexologie, je ne compte plus le nombre de fois où j’ai entendu cette phrase. Très souvent, la parentalité et l’intimité ont un point en commun : la perception de devoir être un « bonne mère » et une « bonne partenaire ».

La différence est que, lorsque la sexualité change, très peu d’informations de qualité sont accessibles. Je vous propose une réponse accessible ancrée dans la littérature scientifique.

* note : le texte est au féminin pour la fluidité, mais il s’adresse également aux pères

Lorsqu’on pense au désir — communément appelé la « libido » ou à la sexualité postpartum, c’est davantage lorsqu’elle est considérée comme un « problème ». Mais est-ce le cas ? Il est courant de croire que la reprise de la sexualité survient en moyenne six semaines après l’accouchement. Or, cela correspond avant tout au rendez-vous de suivi post-accouchement. Pendant celui-ci, votre professionnel de la santé peut constater, selon les interventions vécues pendant l’accouchement, que la pénétration n’est plus contre-indiquée. Cela signifie que votre professionnelle de la santé juge que, physiquement, un rapport pénétratif est possible — rien de plus.

Concernant la reprise de la pénétration, une étude propose 4 volets permettant d’établir un rétablissement post-accouchement : avoir repris des activités quotidiennes, se sentir confortables physiquement et émotionnellement, ainsi qu’avoir repris les activités sexuelles (1). Auprès des femmes jugées rétablies dans ces 4 volets, la reprise médiane se situe à 7 semaines post-accouchement (1). Toutefois, il est important de souligner que seuls 42,5 % des femmes sondées considèrent être rétablie au moment de l’étude (à 3-6 mois postpartum) (1). À cette période, 57,5 % des répondantes considèrent ne pas avoir récupéré dans au moins une de ces sphères, dont près de 40 % concernant les activités sexuelles (1).

J’insiste d’ailleurs pour souligner un écart entre la reprise des activités sexuelles et la douleur physique post-accouchement. En effet, 64,3 % disent ne pas être rétablies post-accouchement, et 40 % rapportent ne pas avoir repris les activités sexuelles (1). Cet écart n’est pas anodin et invite à la prudence afin de cultiver la satisfaction sexuelle dans un contexte où la sexualité peut être vécue comme une norme. Au-delà du moment de la reprise, la plupart d’entre nous avons déjà lu ou entendu des moyennes (auto-déclarées) concernant la fréquence. Par exemple, une étude menée par une compagnie de moniteur de surveillance pour bébé observe une moyenne auto-rapportée entre 2 et 4 rapports par mois (0-18 mois postpartum) (2). Toutefois, je ne crois pas que les moyennes soient un indicateur bénéfique pour votre santé sexuelle ou pour votre désir.

La fréquence sexuelle et la satisfaction sexuelle : une définition clé

Lorsqu’on s’interroge sur sa sexualité en postpartum, deux éléments sont associés l’un de l’autre : la satisfaction et la fréquence. La satisfaction sexuelle, c’est « l’évaluation de sa sexualité comme positive, satisfaisante, bonne, agréable et précieuse » (3). En effet, il est possible d’avoir une faible fréquence et une satisfaction élevée. À l’inverse, il est possible d’avoir une fréquence élevée et une satisfaction faible. Bref, fréquence ≠ satisfaction.

Bien qu’elles semblent associées, la satisfaction est plus importante que la fréquence. Tout au long de la vie, la fluctuation de la fréquence sexuelle est observée. Pendant la grossesse et après l’accouchement, cette fluctuation se traduit généralement par une diminution de la fréquence ainsi que par le maintien ou une légère diminution de la satisfaction sexuelle.

La diminution de la fréquence n’est pas un problème en soi. Par contre, si cela affecte votre bien-être, il s’agit peut-être d’une alarme que certains de vos besoins ne sont pas comblés.

La fréquence sexuelle,  la pointe de l’iceberg

La réponse à ses besoins, c’est ce qui permet de combler un besoin physique (manger, dormir, respirer), de sécurité (avoir un toit sur, un environnement stable), d’appartenance (relations respectueuses et sincères), d’estime (se sentir compétente, pouvoir faire des choix) ou d’autoréalisation (cohérence avec ses valeurs, développement personnel).

Lorsque votre sexualité affecte votre bien-être, je vous propose l’image de « la pointe de l’iceberg ». En effet, la sexualité humaine est influencée par notre quotidien de manière complexe. Lorsque notre bien-être diminue, quelque chose nous parait observable et mesurable : la fréquence des rapports intimes. Toutefois, cela ne signifie pas que cette diminution soit « le problème ».

L’intérêt de recherche quant aux facteurs influençant la satisfaction sexuelle est bien présent. Plusieurs études ont permis de souligner le rôle des conflits récurrents, les douleurs, la surcharge mentale, les inégalités économiques, l’anxiété, certains mythes face à la sexualité, etc. (4-8). La plupart du temps, plusieurs facteurs s’influencent mutuellement.

Bref, lorsqu’une diminution de la fréquence sexuelle s’accompagne d’une plus faible satisfaction ou d’émotions négatives, je vous invite à voir la diminution de la fréquence en tant que thermomètre plutôt qu’en tant que problème. Lorsque vous regardez un thermomètre et que la température indique une chaleur accablante, celui-ci n’est pas la « cause » de la chaleur, mais bien le reflet du contexte. Une insatisfaction face à la fréquence des rapports peut être vue de la même manière. Lorsque vous constatez des préoccupations face à votre sexualité, il devient pertinent de vous intéresser à vos besoins n’ayant pas été répondus.

Trouver les bonnes ressources, au bon moment

Si votre sexualité ou votre bien-être sexuel vous préoccupe, saviez-vous qu’il existe des sexologues dédiées à l’accompagnement pendant la grossesse et après la naissance ? Ces sexologues demeurent les professionnelles les plus qualifiées pour vous aider à comprendre vos besoins et à développer des stratégies favorables à votre santé sexuelle. Au-delà du désir, elles peuvent également vous accompagner à communiquer plus sereinement, à cultiver la place de votre désir ainsi qu’à renforcer votre complicité — malgré la charge mentale et les conflits.

iceberg sexo : la diminution de la fréquence des rapports intimes est associée à la baisse de désir, peu de moments de qualité en couple ou des conflits de couples récurrents. Plus invisible, elle est associée à des douleurs post-accouchement, la surcharge mentale, aux frustrations accumulées, au manque de ressources pour combler ses besoins, aux normes de performances, à l'adhésion à certains mythes, au stress et à l'anxiété chronique ou à l'épuisement parental.

Bref, lorsqu’une diminution de la fréquence sexuelle s’accompagne d’une plus faible satisfaction ou d’émotions négatives, je vous invite à voir la diminution de la fréquence en tant que thermomètre plutôt qu’en tant que problème. Lorsque vous regardez un thermomètre et que la température indique une chaleur accablante, celui-ci n’est pas la « cause » de la chaleur, mais bien le reflet du contexte. Une insatisfaction face à la fréquence des rapports peut être vue de la même manière. Lorsque vous constatez des préoccupations face à votre sexualité, il devient pertinent de vous intéresser à vos besoins n’ayant pas été répondus.

Trouver les bonnes ressources, au bon moment

Si votre sexualité ou votre bien-être sexuel vous préoccupe, saviez-vous qu’il existe des sexologues dédiées à l’accompagnement pendant la grossesse et après la naissance ? Ces sexologues demeurent les professionnelles les plus qualifiées pour vous aider à comprendre vos besoins et à développer des stratégies favorables à votre santé sexuelle. Au-delà du désir, elles peuvent également vous accompagner à communiquer plus sereinement, à cultiver la place de votre désir ainsi qu’à renforcer votre complicité — malgré la charge mentale et les conflits.


Vous vivez des difficultés dans votre couple et vous avez besoin d’aide?

Merci à Roxanne Demers pour sa révision et ses précieux commentaires.

Bibliographie*

  1. Frijmersum, Z. Z., van der Meij, E., de Leeuw, R. A., Anema, J. R., Huirne, J. A. F. et Bakker, P. C. A. M. (2025). Assessment of recovery after childbirth; a cross-sectional study. European Journal of Obstetrics, Gynecology, and Reproductive Biology, 314, 114676. https://doi.org/10.1016/j.ejogrb.2025.114676
  2. Kahn, M., Barnett, N. et Gradisar, M. (2023). Let’s Talk about Sleep Baby: Sexual Activity Postpartum and Its Links with Room Sharing, Parent Sleep, and Objectively Measured Infant Sleep and Parent Nighttime Crib Visits. Journal of Sex Research, 60(9), 1247–1258. https://doi.org/10.1080/00224499.2022.2092050
  3. Gamache, M., Willard Martel, N., Paradis, A., et Godbout, N. (2024). La satisfaction sexuelle chez les parents de jeunes enfants. Projet Couples Parentaux. Université du Québec à Montréal. https://natachagodbout.com/sites/default/files/infographies/satisfaction-sexuelle-cp.pdf
  4. Beaulieu, N., Brassard, A., Lessard, I., Lafontaine, M.-F., Brault-Labbé, A. et Péloquin, K. (2025). Being Parents and Lovers: Associations Between Role Conflict and Daily Sexual Well-Being in New Parents Couples. Archives of Sexual Behavior : The Official Publication of the International Academy of Sex Research54(9), 3581–3596. https://doi.org/10.1007/s10508-025-03283-3
  5. Binet, M.-A., Lessard, I., Beaulieu, N., Brault-Labbé, A., Péloquin, K., Lafontaine, M.-F., et Brassard, A. (2026). Perceived Changes and Sexual Well-Being in the Post-Partum Period: A Dyadic Mixed-Method Study. Journal of Sex & Marital Therapy, 52(2), 147–171. https://doi.org/10.1080/0092623X.2026.2615645
  6. Lévesque, S., Bisson, V., Fernet, M. et Charton, L. (2021). A study of the transition to parenthood: new parents’ perspectives on their sexual intimacy during the perinatal period. Sexual and Relationship Therapy36(2-3), 238–255. https://doi.org/10.1080/14681994.2019.1675870
  7. Johnsen, E., Harkin, A., Keating, F., Sanchez, A. et Buzwell, S. (2023). Fairer Sex: The Role of Relationship Equity in Female Sexual Desire. The Journal of Sex Research, 60(4), 498– https://doi.org/10.1080/00224499.2022.2079111
  8. Hipp, L. E., Kane Low, L. et van Anders, S. M. (2012). Exploring women’s postpartum sexuality: social, psychological, relational, and birth-related contextual factors. The journal of sexual medicine9(9), 2330–2341. https://doi.org/10.1111/j.1743-6109.2012.02804.x

Ce texte a été corrigé avec Antidote et sans l’utilisation de l’IA.