Il y a des émotions qu’on apprend à cacher dès l’enfance, tandis que d’autres sont permises … à certaines conditions, comme la colère. Il s’agit d’une émotion humaine, souvent volcanique et incomprise, mais aussi parfois mal dirigée. Aujourd’hui, j’ai envie qu’on s’arrête un moment pour parler de cette émotion, particulièrement celle vécue par les pères, parce que derrière cette émotion intense, il y a souvent beaucoup plus que ce qu’on croit voir.

Une émotion souvent permise . . . mais peu comprise

Chez les hommes, la colère est souvent la seule émotion autorisée. Pleurer, avoir peur, se montrer vulnérable? Trop souvent perçus comme des signes de faiblesse. Alors, la colère devient le masque. Elle devient ce qui reste quand toutes les autres émotions ont été interdites.

Mais la colère, ce n’est pas un problème en soi et elle peut même être saine. En effet, elle signale qu’une limite a été franchie, qu’un besoin est ignoré et qu’un sentiment d’injustice s’installe. Elle dit quelque chose d’important, mais faut-il pouvoir l’écouter.

Colère, agressivité et violence : ce n’est pas la même chose

Souvent, on confond la colère et la violence. Toutefois, il est important de les distinguer : la colère est une émotion, l’agressivité est un comportement et la violence est une intention de faire du mal. 

Cette confusion fait des ravages, puisqu’elle nourrit les stéréotypes et qu’elle empêche aussi beaucoup d’hommes de demander de l’aide, par peur d’être jugés ou perçus comme dangereux, alors qu’ils sont surtout en détresse émotionnelle.

La colère est une émotion,
l’agressivité est un comportement
et la violence est une intention de faire du mal.
– Matthieu, travailleur social

Quand la colère est une couverture

La colère agit souvent comme un parapluie émotionnel. Elle recouvre d’autres émotions plus douces, plus vulnérables : la tristesse, la peur, la honte, la solitude. C’est parfois plus facile de dire « je suis en colère » que « je me sens impuissant ».

Mais à force de la laisser tout recouvrir, on finit par ne plus entendre ce que notre monde intérieur tente de nous dire. Et cette colère, au lieu d’être un messager, devient un mur.

Les déclencheurs de la colère sont souvent liés à l’épuisement, au stress, au sentiment d’injustice ou d’impuissance. Ce sont des expériences que beaucoup d’hommes vivent, sans toujours avoir les outils pour les décoder ou les exprimer autrement.

Et quand on devient père, ces déclencheurs se multiplient. Les nuits blanches, les responsabilités nouvelles, les attentes sociales élevées… La pression d’être un « bon père » peut devenir écrasante. Et la colère surgit, parfois sans prévenir, parfois contre ceux qu’on aime le plus.

Apprendre à apprivoiser sa colère

La colère ne naît pas dans le vide, elle s’inscrit dans une histoire que nous avons vue, entendue et intégrée. Elle nait des générations où on disait à un petit garçon : « Arrête de pleurer, sois fort », alors que la force, c’est justement de ressentir ses besoins afin d’y répondre.

Heureusement, les choses changent et de plus en plus d’hommes questionnent les stéréotypes. Ils veulent être présents pour leurs enfants, pouvoir être en colère, oui, mais aussi tristes, émerveillés, inquiets, vulnérables. Ils veulent être complets.

La colère ne disparaîtra pas et ce n’est pas souhaitable. Ce qu’on peut faire, c’est apprendre à l’apprivoiser, à reconnaître ses signaux avant-coureurs : tensions physiques, pensées en boucle, irritabilité.

On peut aussi développer des stratégies simples pour la réguler : respirer profondément, faire une pause, mettre des mots sur ce qu’on ressent et demander de l’aide. Parce que demander de l’aide, ce n’est pas un signe de faiblesse.

Et si on osait?

Parfois, c’est dans la colère qu’on retrouve nos limites. C’est dans l’intensité qu’on prend conscience de notre besoin de repos, de soutien, d’écoute.

Alors au lieu de la fuir ou de la craindre, apprenons à lui tendre l’oreille, mais surtout, tendons l’oreille à ceux qui, trop longtemps, n’ont pas eu le droit d’en parler.

Et si on reconnaissait que la colère, même si elle nous bouscule, a quelque chose à nous dire?