Quand une relation vous éteint de l’intérieur : comment reconnaître qu’une relation est nocive durant votre matrescence ?
Par la clinique Matrescence
On entend régulièrement parler de l’importance d’être entouré·e et soutenu·e sur le bien-être. L’idée derrière cette idée de village, c’est que devenir parent est une grande transformation où il est normal d’avoir des questions, des réflexions et des remises en question, mais aussi de répit. Toutefois, nous entendons peu parler de son opposé : lorsque des personnes présentes de notre entourage nous font mal, voire très mal. Malheureusement, cette réalité vécue trop souvent en silence est rarement abordée et peut avoir des impacts importants sur toutes les sphères de sa vie.
D’entrée de jeu, qu’est-ce qu’une relation « nocive »?
Une relation peut être entre deux personnes, mais aussi dans un groupe de personnes. Une relation nocive peut être présente dans une relation de couple ou dans une relation familiale, mais peut aussi se retrouver dans une relation amicale, professionnelle et même dans une relation avec une autre maman. La maternité n’immunise personne contre les jeux de pouvoir, la manipulation ou les comportements destructeurs.
Peu importe le contexte, une relation nocive est une relation qui mine progressivement votre sécurité émotionnelle au lieu de la soutenir. Et plus souvent qu’autrement, cette progression n’est ni spectaculaire ni ouvertement agressive, puisqu’elle s’installe souvent de façon subtile et insidieuse sans « avant-après ». Plutôt qu’être une relation réciproque dans laquelle vous vous sentez confortable d’être parfois en désaccord, elle vous change : vous anticipez et prenez soin des besoins de cette personne, vous ressentez souvent le besoin de justifier vos réactions et vos émotions, mais aussi de remettre en question des limites pourtant légitimes. Puis, cette relation laisse des traces bien réelles : confusion, doutes, hypervigilance, l’impression d’être « trop », « pas assez » ou inadéquate, pouvant même influencer d’autres relations.
Dans une dynamique nocive, la communication n’est plus un espace de réciprocité, mais un terrain où une seule personne dicte implicitement ce qui est acceptable : souvent par la critique, la culpabilisation, les sous-entendus ou les renversements de responsabilité. En réaction, petit à petit dans cette dynamique, vous tentez de comprendre, de justifier les comportements de cette personne ou évaluez les conséquences associées à la fin de cette relation.
quelques exemples de comportements observés dans des relations plus nocives que réciproques
Les messages ambigus ou passifs-agressifs : ce sont ces paroles qui semblent gentilles en surface, mais qui laissent une trace douloureuse. C’est notamment le cas des « complimardes (1) », c’est-à-dire camoufler une critique ou une insulte dans une apparence de compliment. Ces sous-entendus attaquent et peuvent à long terme affecter votre estime personnelle.
La critique constante des autres : lorsque cette personne dénigre régulièrement autour d’elle au point d’installer un climat d’insécurité. Évidemment, la critique constructive est essentielle dans une relation réciproque. Toutefois, lorsque vous entendez fréquemment des jugements, des insultes et des campagnes de dénigrements de personnes absentes, y compris de personnes que vous connaissez, cela peut faire craindre de devenir une cible.
La sensation de marcher sur des œufs : c’est une situation où vous êtes à l’affût de vos comportements, vos sensations, vos paroles et même la pertinence de vos limites afin d’éviter de provoquer une réaction négative auprès de personne. Bien qu’il arrive parfois que certaines situations dans une relation réciproque ressemblent à marcher sur des œufs, il s’agit d’une dynamique qui persiste dans le temps. Par exemple, l’annonce de votre grossesse à une amie venant de vivre un deuil périnatal peut générer une sensation de marcher sur des œufs tout en étant une relation réciproque.
La présence de doubles contraintes : il s’agit de deux messages contradictoires où la décision ne peut qu’être critiquée et avoir des conséquences négatives forçant à choisir entre la critique ou la culpabilité. Cela peut prendre la forme d’un reproche « on ne te voit plus et tu ne me parles jamais de rien ». Au contraire, lorsque vous faites des sacrifices afin d’être disponible, celle-ci vous critique à l’inverse de sa critique initiale « voyons que tu sors sans ton enfant, moi je n’aurais jamais fait ça ».
Au-delà des comportements
Ce qui définit la nocivité ne s’inscrit pas uniquement dans les gestes de l’autre personne ou de la gravité de ceux-ci : c’est ce que vous cessez de pouvoir être dans cette relation. Une relation réciproque permet d’être soi-même, de partager et potentiellement de sortir volontairement de sa zone de confort. Or, le signe le plus révélateur d’une relation nocive est le doute de soi, mais aussi de la pertinence de ses propres besoins au contact de cette personne.
Devenir parent est une transition où se vivent de nombreux changements et incertitudes. Dans ce contexte, il est commun d’y vivre parfois des remises en question et parfois d’avoir l’impression d’être « trop » ou « pas assez ». Toutefois, ces questionnements en viennent à une réponse et ils ne sont pas associés à une seule relation. Dans une relation réciproque, ces questionnements ont une place afin d’y réfléchir, de partager des réalités et de donner un sens avec d’autres personnes.
La qualité d’un village ne se mesure pas par le nombre de personnes : il peut être constitué d’une seule personne qui est rarement disponible. La qualité d’une relation se mesure par la sensation d’être compris·e, accepté·e et où vous pouvez être vous-même (même lorsque vous êtes en pleine matrescence et que vous ne savez plus trop qui vous êtes).
Des ressources d’aide pour vous soutenir
Source :
(1) Bermuda (2023). COMPLIMARDE (chanson). Youtube.
